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Mobilisation pour Le Baranoux, tiers-lieu associatif du 19e arrondissement menacé d’expulsion

Niché entre la place des Fêtes et les Buttes-Chaumont (19e arrondissement), « lieu de convivialité engagé au cœur d’un quartier populaire », le Baranoux est aujourd’hui menacé d’expulsion par le propriétaire des lieux. Alors qu’une pétition s’opposant à cette décision rassemble désormais près de 1 800 signatures, une journée de soutien est organisée sur place ce samedi 28 février.

Installées depuis 2024 derrière un porche de la rue Compans au sein du tiers-lieu Volumes, les équipes du Baranoux ont su proposer et accueillir un vaste éventail d’événements à un public toujours plus nombreux : mobilisations pour l’environnement, concerts et performances artistiques, organisation de débats sur des thématiques d’actualité, cantine solidaire et ateliers de mise en lumière de la cuisine vegan… Malgré le succès rencontré et un nombre croissant d’adhérents comme de bénévoles qui permettent son fonctionnement, le Baranoux pourrait bientôt disparaître.

« Sans aucun dialogue préalable avec l’association, le propriétaire des lieux a décidé d’expulser le Baranoux et de les transformer en bureaux », expliquent ses équipes dans une pétition lancée il y a deux semaines. « Profitant des difficultés financières de la coopérative gestionnaire de Volumes, le propriétaire du lieu lui impose un chantage : une réduction de loyer contre le départ du Baranoux », accusé de « nuisances sonores » et de « passage d’individus ».

La procédure de conciliation commerciale entre le propriétaire et le gestionnaire de Volumes aboutira le 27 mars

Alors qu’une « procédure au civil par le syndicat de copropriété contre le propriétaire de Volumes » a été lancée, la médiation en cours laisse redouter aux équipes « l’expulsion du Baranoux de Volumes, la désinstallation du bar dans la cour, et l’arrêt d’organisation d’événements publics ». D’après les équipes du Baranoux, qui organisaient le 10 février dernier une réunion d’information pour les bénévoles, adhérents, et usagers du lieu, le procès s’ouvrira le 28 février. En parallèle, une procédure de conciliation commerciale entre le propriétaire et Citécoop, gestionnaire de Volumes, s’achèvera le 27 mars.

Si aucune solution n’est trouvée, le départ du Baranoux devrait avoir lieu « entre fin septembre et fin décembre » 2026. Afin d’évoquer cette situation auprès des habitantes et habitants du quartier, ses équipes organisent une journée de soutien ce samedi 28 février entre 14h et 22h. L’entrée sera gratuite, et un buffet bio et vegan à prix libre sera proposé tandis que se succéderont concert de fanfare, témoignages sur l’importance du lieu, ou encore « blind test militant ».

 

 

« En 2026, restera-t-il des lieux de sociabilité populaires à Paris ? »

Les bénévoles et associations évoluant au sein du Baranoux récusent les accusations justifiant leur possible expulsion. « Certaines riveraines et certains riverains sont gênés par le bruit des rires, des discussions, de la vie qui se déroule sous leurs fenêtres. Conscientes de cela, les personnes qui fréquentent le Baranoux ont toujours œuvré à respecter la tranquillité du voisinage et veillent à ce que la cour soit silencieuse dès 22 heures », assurent-ils ainsi.

Plus largement, les équipes bénévoles s’interrogent sur le symbole renvoyé par l’expulsion d’un tiers-lieu alternatif, où ont été accueillies de nombreuses associations engagées pour les luttes environnementales, et soucieux de rester accessible au plus grand nombre. La base, adresse similaire à deux pas du canal Saint-Martin (10e arrondissement), avait ainsi dû fermer ses portes en 2022 après seulement trois ans de fonctionnement – elle a depuis été remplacée par un énième « bouillon ». « En 2026, restera-t-il des lieux de sociabilité populaires à Paris ? », s’interrogent ainsi les équipes du Baranoux.

Des lieux « remparts contre l’isolement », qui « soutiennent des luttes nécessaires et favorisent l’engagement »

« Les tiers-lieux ferment les uns après les autres. Des loyers exorbitants et des propriétaires tout-puissants étouffent des associations déjà affaiblies par la chute brutale des financements publics. Paris s’endort, devient ville-dortoir ou ville-musée, aux dépens de celles et ceux qui osent encore s’entraider, se parler, rire et réfléchir ensemble. Ces lieux sont des remparts contre l’isolement, contre la haine de l’autre, contre la perte de sens dans un monde menacé par les crises écologiques, l’explosion des inégalités et la montée des fascismes », jugent la pétition de soutien et ses signataires, pour demander la sauvegarde de « [c]es lieux qui soutiennent des luttes nécessaires et favorisent l’engagement ».

Avant l’aboutissement de la procédure de conciliation commerciale du 27 mars prochain, les bénévoles espèrent encore convaincre le propriétaire de revenir sur sa décision. Les équipes du tiers-lieu associatif entendent démontrer « qu’une cohabitation est possible entre le Baranoux et le voisinage », et espèrent voir se renforcer plus encore la mobilisation des habitantes et habitants du quartier pour son maintien dans la charmante cour du 78 rue Compans. « Nous avons besoin de trouver refuge dans le vivre ensemble. De nous organiser. De résister. De célébrer nos victoires. D’apprendre à nous parler. De cultiver la joie militante, la solidarité et les liens qui rendent notre humanité un peu plus belle », concluent-elles dans leur pétition.

 

 

Pétition de soutien au Baranoux

 

Le Baranoux
78 rue Compans, 75019 Paris
instagram.com/lebaranoux

 

 

Photographie © Le Baranoux

 

 

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