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Bientôt trois semaines de grève pour les équipes du magasin Biocoop de la place des Fêtes (19e)

Plus des trois quarts des travailleuses et travailleurs du Biocoop Les Fêtes (19e arrondissement) sont en grève depuis le 3 janvier. Réunis chaque jour devant le magasin, ils dénoncent à la fois « un management toxique, des faits répétés de harcèlement et de pressions exercées par la direction », et des salaires maintenus particulièrement bas.

Les températures glaciales enregistrées ce mois-ci n’ont en rien entamé la détermination des grévistes, qui ont décidé du lancement du mouvement après l’échec de premiers échanges avec leur direction durant l’été 2025. Une affiche à l’entrée de cette adresse située à l’angle de la rue des Fêtes et de la rue du Pré Saint-Gervais rappelle que leur lutte est entrée dans son 19e jour ce mercredi. Autant de journées qui ont vu les équipes du magasin, partisanes de la grève à une très large majorité, échanger avec riverains et habitués du magasin pour faire entendre leurs revendications.

Si la boutique accueille de nouveau des clients depuis le mardi 20 janvier, « cette réouverture se fait contre les salariées et les salariés, pas avec eux », insistent les grévistes. « Depuis le début de la grève, la police est intervenue à cinq reprises » pour les expulser, rappellent-ils ainsi. « La direction a confisqué l’auvent, bloqué les rideaux métalliques, et supprimé les codes d’alarme, laissant volontairement les grévistes dehors, sous la pluie et le froid ».

 

Rue du Pré-Saint-Gervais (19e arrondissement), ce mercredi 21 janvier © Paris Lights Up – Paris Rouge

 

Une réouverture mardi 20 janvier considérée comme « un passage en force »

Soutenu par la CGT, le Collectif des salariées et salariés en grève de la Biocoop Place des Fêtes estime que la réouverture du magasin cette semaine « n’est pas un retour à la normale, mais un passage en force. Face aux répressions, nous sommes plus déterminés que jamais à faire valoir nos droits ». Les équipes en grève se réjouissent d’avoir pu bénéficier du soutien de nombreux riverains, qui ont pu leur apporter boissons chaudes, nourriture, ou participer à la caisse de grève.

Les témoignages des travailleuses et travailleurs mobilisés mettent avant tout en cause leur direction. « Pas question de pleurer, il faut travailler », aurait-on notamment asséné à une membre de l’équipe en situation de fragilité psychologique du fait des pressions subies, dans un contexte de tensions régulières, où « du harcèlement et des intimidations et violences verbales » ont notamment été dénoncés. Les équipes du magasin disent également avoir été à plusieurs reprises observées à distance par le biais de la vidéosurveillance du magasin, faits caractéristiques de « surveillance abusive ».

« La direction affirme ne pas pouvoir mieux payer les salariées et les salariés, mais se dit prêt à recruter un directeur externe, qui deviendrait le salarié le mieux payé de l’entreprise »

Pour les grévistes, les « pratiques managériales toxiques » de la direction vont de pair avec des salaires maintenus plus bas que dans le reste du réseau Biocoop – l’adresse de la place des Fêtes étant opérée suivant le modèle de la franchise depuis son ouverture en 2021. Les salaires mensuels des équipiers ne dépassent selon eux pas les 1 600 € net, en dessous des préconisations de rigueur au sein du « premier réseau de magasins bio spécialisés en France ».

Les travailleuses et travailleurs mobilisés depuis le 3 janvier estiment que leur direction « répète que le magasin va mal pour refuser d’augmenter les salaires, alors que les comptes montrent l’inverse. Dans le même temps, la direction refuse de nommer comme co-responsable une salariée en poste depuis presque l’ouverture du magasin, expérimentée, reconnue par les équipes, au prétexte de devoir “recadrer”. La direction affirme ne pas pouvoir mieux payer les salariées et les salariés, mais se dit prêt à recruter un directeur externe, qui deviendrait le salarié le mieux payé de l’entreprise ».

Une soirée de soutien ce vendredi 23 janvier au Baranoux (19e arrondissement)

Comptant poursuivre ce mouvement reconductible jusqu’à être entendus, « pour que les valeurs humaines et sociales prônées par Biocoop ne s’arrêtent plus à la porte » du magasin, les grévistes affichaient ce mercredi trois revendications :
« Gouvernance et direction : Mise en retrait de la direction actuelle de la gouvernance du magasin, et désignation d’un nouveau gérant ou d’une nouvelle gérante, capable d’assurer une gestion saine, transparente, et respectueuse » ;
« Rémunération : Augmentation générale des salaires, proportionnelle à l’ancienneté, à la pénibilité physique, à la charge mentale, et aux responsabilités exercées. Création d’une grille salariale évolutive, transparente et obligatoire selon les critères précédemment énoncés » ;
« Responsabilités de Biocoop : Mise en place d’une charte sociale pour toutes et tous les salariés/alternants/stagiaires, commune à l’ensemble des magasins franchisés. Mise en place de contrôle des conditions salariales et du management. Permettre une organisation syndicale commune à tous les magasins franchisés. Engagement à ne pas sanctionner les salariés grévistes ».

Une soirée de soutien aux grévistes du magasin Biocoop de la place des Fêtes sera organisée ce vendredi 23 janvier à partir de 19h au Baranoux voisin (78 rue Compans, 75019 Paris) : l’occasion de rappeler que « ce magasin ne fonctionnera pas sans ses salariées et salariés ».

 

 

 

Photographies © Paris Lights Up – Paris Rouge

 

 

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