Portrait d’artiste : Voyage avec escales dans l’est parisien d’Aloïs Marignane

Avec ses illustrations inspirées des affiches de voyage du siècle dernier, Aloïs Marignane pare de couleurs les rues et les lieux emblématiques de l’est parisien. Nous lui avons posé quelques questions, l’occasion d’également découvrir une sélection de ses dernières œuvres.

Bonne nouvelle pour toutes celles et tous ceux qui aiment l’est parisien : après avoir illustré les quartiers du 20ème dans une série d’affiches pleines de vie, l’artiste Aloïs Marignane traverse la rue de Belleville avec un autre projet consacré au 19ème arrondissement voisin ! Des Buttes-Chaumont à la Villette en passant par la place de Stalingrad et le pont levant de la rue de Crimée, cette collection réunit six lieux emblématiques du nord-est de la capitale.

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Paris Lights Up : Touche rétro, lignes claires, palettes de couleurs harmonieuses : on reconnait bien ta signature ! Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

Aloïs Marignane : Pour la série d’affiches PARIS 20e, j’ai eu le désir de travailler sur des grands formats, avec des formes plus simples et surtout avec beaucoup de couleurs. Dans le 20ème depuis un an, le quartier me plaisait beaucoup et j’avais commencé à m’y attacher. Je me suis dit que le 20ème était un bon sujet pour reprendre le dessin, toucher les personnes qui vivaient à proximité, et permettre des rencontres. La collection d’affiches est évidemment inspirée des vieux posters touristiques des compagnies de voyage avec leurs compositions très franches et leurs couleurs vives et lumineuses. J’en ai repris les codes pour dessiner le 20ème en y apportant une touche plus moderne. Le projet a bien plu et les habitants se sont identifiés fortement aux lieux où ils habitent. Je crois que l’est parisien a été assez peu représenté visuellement. Ce n’est pas un lieu privilégié lorsque l’on visite Paris. Pourtant, ce sont des quartiers passionnants, à la vie dense et animée. Le sentiment d’appartenance y est très fort. Je pense que cela explique le succès de cette collection d’affiches. Lorsque je livrais les commandes à vélo, des personnes m’ont confié être là depuis plus de vingt, trente ans. Ce quartier les a vues grandir. Certaines personnes quittent le quartier après de nombreuses années dans le 20ème. À travers les affiches, elles emportent avec elles le lieu de leur première rencontre, leur premier verre, leur immeuble, leur premier enfant. En dessinant un quartier, on touche à l’intime des personnes. Si la collection puise dans ces codes visuels un peu vintage, j’ai le désir de m’orienter vers un dessin plus personnel, plus dessiné et moins géométrique. J’aime particulièrement le travail d’artistes comme Priya Mistry, Matteo Berton, Lorenzo Mattotti, Andrea Serio, Tania Yakunova, Victoria Semykina, Karolis Strautniekas, Virginie Morgand, Tom Haugomat, et beaucoup d’autres.

Peux-tu nous décrire ta démarche artistique et son application créative  ?

À l’origine, j’ai énormément dessiné avec des techniques traditionnelles, notamment la plume, l’encre de chine. J’ai rempli des carnets de croquis durant les trajets quotidiens lorsque j’étais étudiant à Marseille. Puis j’ai dessiné avec des techniques numériques comme dans le cas de la série d’affiches PARIS 20e par exemple. Aujourd’hui, je cherche à combiner la force des aplats colorés du numérique avec le charme, l’irrégularité et la singularité du croquis. J’aimerais beaucoup travailler davantage avec les méthodes d’impressions qui nécessitent l’utilisation de couches superposées, comme la sérigraphie et la risographie. Ce sont des moyens d’impression dont on peut obtenir des merveilles avec un nombre de couleurs très limité. Ces prochains mois, je vais reprendre le croquis régulier. C’est un exercice que j’affectionne tout particulièrement. Il permet de partir de la source, du réel, de se défaire du nombre incalculable d’images que l’on peut voir en une journée. Le carnet de croquis est une formidable hygiène pour un illustrateur. C’est un lieu de recherche graphique, mais aussi un lieu de repos ou le numérique n’est pas au centre du processus.

Si tu as mis en images une bonne partie des arrondissements parisiens, on te sent particulièrement inspiré par l’est de la capitale. Après avoir illustré les quartiers du 20ème, tu as traversé la rue de Belleville avec un nouveau projet consacré au 19ème arrondissement voisin : tu pourrais nous en dire un peu plus ?

Oui effectivement, après avoir illustré la collection d’affiches PARIS 20e, je viens de me tourner vers le 19ème. Avant d’habiter dans les hauteurs de Gambetta, j’ai passé deux ans et demi au bord du canal de l’Ourcq, dans le 19ème. C’est donc naturellement que je me suis replongé dans cet arrondissement pour continuer la création. Pour cette nouvelle collection, je fais le choix de retourner au dessin en travaillant davantage les détails. La collection nous emmène des Buttes-Chaumont à Stalingrad, en passant par le pont de Crimée, le canal de l’Ourcq, le parc de la Villette, la Cité des Sciences, et peut-être la Mouzaïa. Les affiches PARIS 19e sont imprimées en édition limitée à 100 exemplaires sur du très beau papier 315g m2, 100% coton, ph neutre, en jet d’encre pigmentaire. Je travaille avec un imprimeur passionné et méticuleux. Le rendu des couleurs est saisissant !

Tu vis dans l’est parisien depuis désormais cinq ans. Quels sont les quartiers, les lieux, les rues qui t’inspirent ?

Je suis de plus en plus attaché à l’est parisien. J’aime beaucoup me balader à pied ou à vélo autour de Ménilmontant, Gambetta, Belleville. Je suis un grand fan du café Les Foudres place Martin Nadaud, où je vais lire ou travailler de temps en temps. J’aime découvrir des endroits improbables, un atelier de gravure caché rue des Cascades, un jardin partagé que je ne connaissais pas. Lorsque je livrais les affiches à vélo, je pouvais entrer dans les cours des immeubles ou découvrir les vues de Paris à travers la fenêtre d’un appartement sur les hauteurs des Buttes-Chaumont.

Après une année plus que difficile pour les artistes et la culture, on entrevoit enfin le retour des expositions. Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour les mois qui viennent ?

Oui, cette année n’a pas été de la tarte pour tout le monde. Je pense notamment à toutes les personnes qui n’ont pas pu pratiquer correctement leur métier. Dans les prochaines semaines, j’espère pouvoir présenter la nouvelle collection d’affiches dans le 19ème arrondissement. Je suis actuellement à la recherche d’un grand espace pour y présenter cette nouvelle série. Ce serait idéalement un lieu spacieux, convivial et fédérateur du 19ème. Si vous avez des idées, je suis preneur !

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Aloïs Marignane
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